Revue de presse

Médéa Médée Une enfance en Algérie : extrait d’un article de Jacques Lucchesi publié au printemps 2018 dans La Grappe n° 96.

Art difficile que celui de l’autobiographie. Comment restituer avec véracité de souvenirs qui remontent parfois à plus d’un demi-siècle ? Comment, surtout, les rendre intéressants pour un lecteur inconnu, même si on écrit d’abord ce genre d’ouvrages pour soi, poussé par un désir impérieux de sauvegarde personnelle ? Ces questions j’imagine que l’écrivain si exigeant qu’est Jean Bensimon a dû se les poser maintes fois avant d’entreprendre la rédaction de Médéa Médée. Le résultat est pourtant probant, sans doute parce que cette plongée dans une mémoire singulière est portée par une écriture au cordeau. Sa prose, d’autre part, questionne le langage et l’accession progressive au sens des mots à travers maintes associations homophoniques. Mais la plus riche est certainement celle qui donne son titre au récit, car Médéa, petite commune d’Algérie où a grandi l’auteur, est mis en équivalence avec Médée, l’une des figures les plus tragiques le la mythologie grecque, épouse (trahie) de Jason et mère infanticide… Du reste son récit ne se ramène pas qu’à la seule enquête familiale, il ménage une large place aux descriptions de la vie quotidienne sur cette terre d’Algérie, notamment sous la période de Vichy…

 

Médéa Médée : extrait d’un article d’Arlette Chaumorcel publié dans L’Estracelle août 2018.

… Sous le titre Médéa Médée, en six cahiers scrupuleusement rédigés, il est aisé de reconnaître l’écriture authentique du romancier-poète. La proximité phonétique de Médéa, ville où se déroule l’enfance de l’écrivain Bensimon, et de Médée, magicienne de légende capable d’égorger ses enfants, crée certainement chez l’être hypersensible qu’est le jeune Jean, second enfant d’une mère nerveusement fragile, une involontaire confusion.
Entre mère et Médée, que l’imagination enfantine superpose et amalgame, l’auteur cherche tout au long d’une sincère mise à l’épreuve de l’âme, les aspects, les raisons d’une douloureuse mésentente familiale. Si la mère, maladivement avare d’épanchements de tendresse, porte le plus lourd de la responsabilité, c’est, compte définitivement réglé, à chacun sa part…
Médéa Médée un livre, soleil et ombre en ses paysages et en ses personnages, ouvrage composé, regard courageusement ouvert sur l’incompréhension.

 

Nouvelles de l’effacement : extrait d’un article d’Arlette Chaumorcel paru dans L’Estracelle (février 2016) : L’âme du fantastique.

L’attirance de l’auteur pour le mot « effacement » étant avouée, il est logique de penser qu’avec ce titre Jean Bensimon, qui a plus d’un corde à son arc, va nous apporter éclaircissements et informations sur l’un de ses mots favoris.
Il en est bien ainsi et plus encore, le souffle, l’image, la musique, le jeu de l’inattendu ayant, chez le poète que demeure Jean Bensimon, pouvoir de fascination. En observateur aguerri, l’auteur va opérer selon une logique originale. Les mots chez lui vont souvent jouer à double sens, en clés de l’imaginaire, en déclencheurs d’idées. Les nouvelles, celles que l’on donne comme celles que l’on conte, ici au nombre de quinze, vont nous plonger dans des univers communs ou originaux dont le mot effacement se trouve être à la fois la cause et le dénouement.
Deux de ces histoires, « Une vie » et « Quelque chose de curieux », ancrent leurs racines dans une sorte d’acceptation habituelle d’événements ou de faits et gestes d’autrui, ce qui conduit inévitablement à rendre transparent puis invisible tout personnage par trop effacé…
Nouvelles de l’effacement : extrait d’un article de Jean Chatard. 2015.
      … Jean Bensimon s’allie avec fougue aux textes courts, contes, histoires sommaires qui exigent une maîtrise certaine. Tout en finesse, la quinzaine de récits qui composent l’ouvrage s’attachent à la personne et sa candeur, sa présence au monde. Les personnages de ces nouvelles ont tant de fragi- lité et de délicatesse qu’ils en deviennent transparents, pratiquement « invi- sibles ».
      Il y a dans ces nouvelles une gomme mystérieuse dont se sert l’auteur qui donne à l’ensemble une atmosphère particulière où les personnages sont des êtres normaux confrontés cependant à des situations surprenantes…

Corbelle : extrait d’une note de Jacques Lucchesi publiée dans le blog Exigence : Littérature le 22 mai 2014 puis dans la revue Phœnix (Lire le texte complet).

Premier roman d’un nouvelliste confirmé, Corbelle déploie son charme mélancolique sur plusieurs niveaux de sens, entraînant son lecteur dans les méandres d’une âme. Le chômage et la rupture amoureuse ont poussé un cadre parisien, André Carbeau, à accepter un emploi d’informaticien dans une petite commune de l’est de la France, Vernery. Peu à peu, il découvre les coutumes et les secrets de cette société que la modernité semble avoir oubliée. Malgré sa difficulté à se faire accepter il devient bientôt un personnage familier pour les villageois, noue de nouvelles relations. Pour se délasser de la fréquentation des humains, il s’adonne à l’ornithologie, en particulier l’étude du langage des corbeaux, nombreux dans les environs. Mais son esprit demeure hanté par le souvenir d’Estelle, son amour perdu à la chevelure aussi noire que le plumage d’une corbelle, femelle de l’oiseau susnommé dont le nom est si proche phonétiquement de son patronyme.
Voilà le canevas du roman d’une grande sophistication. Trois pistes au moins se dégagent à sa lecture. Il y a d’abord la présence-absence obsédante de la femme aimée dont l’auteur nous trace un portrait en pointillés – une femme solaire aux antipodes de la personnalité cérébrale et effacée du narrateur. Sa volonté de se souvenir et de comprendre son échec l’entraînera à consigner ses rêves et ses réflexions dans un journal : le livre dans le livre donc. C’est ensuite une radiographie étonnante de la vie en province et de sa sempiternelle opposition à la capitale ; un monde clos sur lui-même avec sa méfiance vis-à-vis de l’étranger, ses légendes, ses superstitions, ses élans de générosité aussi. Sous la plume minutieuse de l’auteur cela nous vaut une galerie de portraits, de Forsbach, le patron, à Noémie, la serveuse étudiante. La quête studieuse d’André se porte aussi sur les grands corbeaux dont il essaie de percer le code sonore. Nous ne dévoilerons pas ici la fin, non moins pensée, de ce beau livre.

Corbelle : extrait d’un article de Joël Vincent publié dans la revue Diérèse en juin 2015 :

Le narrateur de ce roman, un informaticien parisien, après une rupture brutale avec sa compagne, se retrouve dans un bourg de l’Est, loin de ses amis, loin de tout. Sentant vite qu’il a changé de monde, il s’imprègne de la nature, accueille des sensations nouvelles et s’intéresse aux mœurs des grands corbeaux. Quoique la réalité soit décrite minutieusement, nous sommes plongés dans un récit magique avec des visions, des ombres menaçantes, des phénomènes bizarres. En même temps, des souvenirs d’enfance reviennent comme malgré lui au personnage-narrateur.
Voilà qu’il se lance dans une recherche des causes de sa rupture avec Estelle et presque simultanément dans l’apprentissage du langage des corbeaux, mais le délire n’est jamais loin et se manifeste notamment la nuit dans sa chambre. André Carbeau devient un autre et tout prend une dimension hallucinante. Le point de rupture de la raison semble atteint dans une scène orgiaque où se mêlent et s’emmêlent Estelle, d’autres femmes et d’énormes oiseaux noirs.

Corbelle : extrait d’un article d’Arlette Chaumorcel publié en février 2015 dans la revue l’Estracelle (Maison de la poésie Nord-Pas-de-Calais) :

… Pendant les longs mois de l’hiver le monde des illuminations du poète Bensimon n’abandonnera pas la puissance imaginative du romancier Bensimon. Les rues, les places, les façades, les armoiries, les personnages du bourg vont dans les matins de brumes enneigées et par les nuits glaciales alimenter les « divagations » de l’informaticien-ornithologue André Carbeau dont le patronyme, à une lettre près, évoque une espèce de grand corbeau au plumage teinté de reflets bleus.
Dans l’introspection permanente à laquelle se livre le héros du roman, au cœur du magma des souvenirs, la mémoire n’opère aucun tri. Les mots sont d’étranges clés. Si l’une d’elles ouvre sur l’image d’un petit garçon en larmes, une autre tourne, folle, dans la serrure d’une porte à jamais condamnée. Estelle l’amante, belle de corps, ne se laissera pas comme la Corbelle mourir de désespoir par fidélité.
André aura beau chercher, remonter à travers sa vie, tenter de dénouer fil après fil, les raisons de l’abandon, le cahier bleu – bleu du ciel de la première rencontre et chargé maintenant du poids des souvenirs – ne livrera aucune explication satisfaisante…
… Le romancier, par les audacieuses et insolites ressources de l’imaginaire, associe la magie de sa création à la fidélité de l’écriture. Après avoir, avec bonheur, jonglé de poème en nouvelle, Jean Bensimon inscrit également, à présent, sa démarche dans l’univers du roman.

L’Ecole des secrets : article de Jacques Lucchesi publié dans la revue Phoenix n°5 (Marseille), février 2012 :

L’école est en crise et les différents spécialistes qui l’auscultent depuis maintenant trois décennies n’ont pu jusqu’ici s’entendre sur une médication radicale, tant les causes de ce marasme sont multiples. Ce malaise, qui désoriente le corps enseignant et grève ses différentes missions, n’intéresse pas que les sociologues mais aussi les littérateurs et les cinéastes ; il suffit de rappeler le succès fait, voilà quelques années, au beau film de Laurent Cantet Entre les murs. Ce sujet est également celui de L’École des secrets, le dernier livre de Jean Bensimon aux éditions Ovadia. Ex-enseignant, l’auteur a choisi d’aborder les rapports complexes qui se nouent dans un collège d’aujourd’hui à travers un genre où il excelle : la nouvelle. À ceci près que les 18 textes qui constituent l’ouvrage n’ont rien de contingent ni d’opportuniste, mais entretiennent entre eux un lien séminal, une continuité qui les apparente aux chapitres d’un roman.
Au fil de ces pages, le projet de l’auteur se dévoile : donner la parole à chacun des acteurs du monde scolaire, qu’ils soient profs, pions, élèves ou même conjoints d’enseignants et parents d’élèves. Ainsi surgissent et prennent formes autant de points de vue sur un même contexte, dans une circulation de sens qui brouille habilement les limites entre fiction et réalité. Fidèle à son art, l’écrivain éclaire pour nous tout ce qui échappe au protocole scolaire, tout ce qui se joue entre et après les cours, en particulier les rapports de prestige, de rivalité et de séduction qui irriguent ─ ou gangrènent ─ la vie quotidienne d’un prof. Et cette approche-là s’avère souvent plus édifiante qu’un traité rédigé par un spécialiste des sciences de l’éducation. À titre personnel je recommande, pour son lyrisme et sa portée intellectuelle, la lecture attentive de « Un prénom étonnant », la septième nouvelle du livre.

Récits de l’autre rive : article de Henri Heinemann publié dans Le  Cerf- Volant, mai 2010 :

Depuis Le Hors-venu et les Récits de l’autre rive, on connaît l’attrait de Jean Bensimon pour l’insolite.
Ici, l’insolite est dans les confins. Quand est-on d’un côté, quand de l’autre ? Tel portrait, à la limite du rêve, fait resurgir un père ; tel, qui ourdissait un projet toujours écarté, finit par le faire adopter alors qu’il était à la limite de la patience ; tel est à la frontière du Nord et du Sud ; tel, aux limites de la terre et de la lagune, trouve un condamné à l’embourbement.

Bref, cela nous vaut une quinzaine de situations non pas spectaculaires mais inusitées où s’inscrit un certain mystère.

Qui plus est, cela est bien écrit, d’une plume posée, maîtrisée. On en ressort avec la sensation que le monde souterrain, nocturne, onirique, peut surgir de la plus classique histoire, et que Jean Bensimon joue avec l’introspection et propose à son lecteur d’être son compagnon.

Récits de l’autre rive : extrait d’un article de Joël Vincent publié dans Diérèse, été 2009 :

Avec les Récits de l’autre rive, Jean Bensimon nous avait laissé entrevoir que notre existence, pour peu qu’elle soit porteuse de failles, d’énigmes, peut basculer brutalement, risquant d’entraîner notre perte. L’écrivain continue d’explorer les thèmes qui lui sont chers. Son nouveau recueil, composé de 14 nouvelles et intitulé Chroniques de l’entre-mondes, laisse percer ses interrogations par l’intermédiaire de ses personnages : comment rester vivant dans un monde souvent chargé de signes qu’on ne comprend pas ? Est-on assez consistant pour ne pas devenir une particule errant autour de mondes qui nous sont étrangers et parfois mortifères ? Monde en voie de désagrégation, monde des origines, monde compact et arrogant des vérités déposées ; monde parfois d’énergie positive et lumineuse (ce peut être le père).

Il s’agit d’approfondir, de creuser ─ au sens musical de cavatine  ─ ces aspects de notre réalité psychique d’autant plus difficile à discerner que les personnages vivent « aux limites du réel et du rêve »…
… Une autre nouvelle, La lagune, nous plonge dans l’absurdité la plus totale. Elle pourrait avoir comme exergue ces paroles de K. dans Le Procès : « Une fois l’accusation portée, le tribunal est fermement convaincu de la culpabilité de l’accusé ; on ne peut paraît-il que très difficilement l’ébranler dans cette conviction. » C’est bien ce qui se passe avec un accusé, Élias, qui se voit condamné à rester dans une lagune, pour une faute commise il y a presque cent ans ! Dialogue de sourds, dirait-on, entre la Grande Instance forte de sa légalité et un accusé abasourdi, essayant encore d’expliquer le non-sens d’une telle décision… alors qu’il n’était pas encore né.

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